Le Masque comme méditation

par Ariel & Shya

Le Masque comme méditation

A la fin des années 80 nous avons passé presque deux ans dans un centre de méditation au nord de l’Italie. La Villa Volpe dans laquelle se trouvait ce centre existe toujours, mais l’Académie Internationale de Méditation a disparu depuis que, à l’issu du dernier séminaire de six mois, nous nous sommes tous dispersés aux quatre coins du monde. Dans ce centre, nous avons pratiqué de nombreux types de méditations et nous avons commencé à vivre notre vie avec conscience – simplement en observant notre manière de vivre sans juger ce que nous voyions.

A un moment donné, les personnes en charge du programme avaient mis en place une série de protocoles conçus dans le but d’augmenter notre conscience de nous-mêmes et de nous aider à réaliser, en temps réel, qu’être présent là où nous sommes est plus important que d’atteindre notre objectif. Voici un exemple :

Les heures de repas étaient programmées chaque jour à peu près à la même heure mais ces heures variaient légèrement en fonction de ce qui était au menu et du temps de cuisson. Donc, quand les cuisiniers voulaient nous appeler pour le déjeuner ou le diner, ils sonnaient une cloche qu’on pouvait entendre dans toute la propriété. Quand nous entendions cette cloche, au lieu de nous précipiter pour nous laver les mains et prendre notre repas, nous devions marquer une pause de trente secondes, où que nous soyons. Un pied pouvait rester en l’air, une bouche pouvait rester ouverte en milieu de phrase, une brosse suspendue au-dessus d’une chevelure. Cela devint une discipline de jouer le jeu et de ne pas se dire « Oh, ce n’est pas important, personne ne me regarde, je peux bien finir ce que je suis en train de faire. »

Après quelques mois, le jeu se corsa! La pause n’était plus seulement de règle avant les repas. Maintenant, il fallait aussi s’arrêter quinze secondes à chaque fois qu’on passait le seuil d’une porte. On découvrit vite qu’il était facile de se perdre dans ses pensées et de passer d’une pièce à l’autre sans y penser. Une fois de plus, il fallut de la discipline et de la conscience de soi, ainsi que la volonté de traiter ce jeu sérieusement pour y participer avec succès. Il fallut aussi abandonner l’idée qu’on pouvait avoir l’air bête ou qu’on pourrait se trouver gênés d’être surpris dans une drôle de posture sans autre raison apparente que de suivre une directive qu’on s’imposait à nous-mêmes de jouer un jeu et de le jouer à fond.

En cette période de pandémie, ce qui nous fait réagir c’est de voir une personne qui vient vers nous sur une route de campagne ou un parking.  Mais au lieu de nous arrêter, nous sortons nos masques de notre poche ou les ajustons sur notre visage bien avant de nous retrouver à six pieds de cette personne.

En ce qui nous concerne, nous avons vécu les derniers mois en quasi quarantaine donc il n’y a pratiquement aucune chance que l’on contamine quelqu’un – mais bien sûr, la personne qui vient vers nous ne le sait pas. Nous vivons loin d’une zone très peuplée et les gens autour de nous peuvent être en parfaite santé, mais encore une fois, nous ne pouvons pas en être surs. Mais cela n’a pas d’importance parce que nous avons décidé de jouer le jeu, le jeu du masque.  C’est un jeu pour activer la conscience de soi, une méditation pour vivre dans le moment présent et vivre bien.

Note de l’auteur: Cet article a été inspiré en partie par nos promenades à distance avec Lenore Pemberton.  En marchant avec elle, nous avons remarqué avec quelle facilité et consistance elle enfilait et enlevait son masque. Ceci nous rendit plus conscient de notre propre manière de porter un masque.  Maintenant, quand nous sommes en promenade, nous nous alertons mutuellement lorsque nous percevons un cycliste derrière nous ou lorsque autre marcheur se profile à l’horizon. Cette méditation par le masque peut se pratiquer en solo ou en équipe.

Note supplémentaire: à l’origine, nous portions nos cache-cou au lieu de masques pendant nos promenades. Quand les experts ont révélé que les cache-cou, conçus pour être portés au soleil pendant les parties de pêche par exemple, étaient très peu protecteurs parce qu’ils laissaient passer l’air, nous avons opté pour des masques.

No Comments

Post A Comment